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Petite histoire

Le Sieur Barthélemy Thimonnier

BARTHELEMY THIMONNIER (1793-1857)

Thimonnier a libéré la femme d'une de ses servitudes...
En vérité, la noble vie de Thimonnier devrait être enseignée dans les écoles.
Édouard Herriot

C'est le 19 août 1793 que Barthélemy Thimonnier naquit à l'Arbresle dans le département du Rhône (69). L'aîné de six frères et soeurs il fait quelques études au séminaire de Saint-Jean à Lyon, puis il embrasse la profession de tailleur et s'installe, en 1795, à Amplepuis qu'il quittera après le décès de sa première épouse. Il épouse une brodeuse en second mariage en janvier 1822. En 1823 il s'installe donc dans un faubroug de Saint-Etienne au leiu dit Les Forges.

Travaillant toute la journée pour habiller ses client, Thimonnier devient vite hanté par l'idée de coudre mécaniquement. Il avait certainement remarqué le point qu'utilisaient les ouvrières dans les monts du Lyonnais pour broder au crochet et avec quelle rapidité elle pouvaient former les points de manière presque 'mécanique'... C'était le point de chaînette, celui qu'il utilise pour sa couture mécanique. Ainsi, c'est à Valbenoîte, en 1829 que Thimonnier achève de fabriquer sa "Couseuse", c'est à dire sa première machine à coudre.

Reconstitution de l'atelier de Thimonnier

Au musée de la machine à coudre et du cycle d'Amplepuis

Thimonnier est un simple tailleur, certes à l'esprit assez aiguisé pour inventer une machine à coudre, mais il lui est difficile de tirer parti de son invention s'il reste seul, il s'associe alors avec Auguste Ferrand, Répétiteur à l'Ecole des Mines de Saint-Etienne. Il signe avec lui un accord privé dans lequel il convient de fabriquer un second "métier mécanique" tandis que "le sieur Ferrand s'engage à faire tous les dessins, rapports et demandes" de brevet "au nom des deux contractants" ainsi qu'à "faire la somme nécessaire pour la demande du dit brevet d'inventeur". Notez bien que la demande de brevet est faite "au nom des deux contractants" alors que c'est Thimonnier seul qui est l'ingénieux inventeur d'une machine capable de piquer 200 points / minute (30 pour un tailleur).

La première page du brevet

Le brevet est délivré le 17 juillet 1830. Mais avant même la délivrance de ce dernier, Thimonnier s'était rendu à Paris et avait fondé, grâce à de généreux investisseurs, la première société ayant "pour but unique et spécial d'exploiter, tant en France qu'à l'étranger, l'invention faite par les sieurs Thimonnier et Ferrand d'une machine à coudre et, s'il y a lieu, de sa dérivée". L'acte de société signé le 8 juin 1830 indique que "la raison sociale sera Germain Petit & Cie. Le siège de la société est établi à Paris, 155 rue de Sèvres".

La couseuse

Au musée de la machine à coudre et du cycle d'Amplepuis

Mais, au matin du 20 janvier 1831 environ 200 ouvriers tailleurs saccagèrent l'atelier de la rue de Sèvres. Ils détruisirent quatre-vingt Couseuses et en jetèrent les débris par les fenêtres. En effet, ces machines qu'ils surnommaient "casses-bras" leur apparaissaient comme de dangereuses concurrentes.

Menacé, Thimonnier, réussi à s'échapper. En butte aux injures et aux menaces des ouvriers tailleurs l'inventeur se retire de la Société et quitte Paris. Avant lui, un autre Lyonnais avait connu le même sort : les Canuts avaient menacé Joseph Jacquard (1752-1834) de le jeter au Rhône et avaient détruit son premier métier.

La Société Germain Petit & Cie fut dissolu après la mort de l'un des plus importants investisseurs, M. Beaunier. Le même qui avait, quelques années auparavant, créé la première ligne de chemin de fer à traction animale de Saint-Etienne à Andrézieux.

Thimonnier devait sortir de cette ornière....

En 1832, de retour à Amplepuis, Thimonnier met au point ce qu'il appèle une "machine à coudre à point arrière" que l'Américain Walter Hunt réinventa en 1834 et qui fit plus tard la fortune de Elias Howe et de Isaac Merritt Singer.

Mais Thimonnier continue et améliore encore sa machine à point de chaînette brevetée en 1830. Ainsi, le 19 août 1845 il obtient un deuxième brevet pour "un métier à coudre à point de chaînette tel qu'il a été perfectionné par le sieur Barthélemy Thimonnier depuis le brevet d'invention pris par le même en 1830". Cette nouvelle machine "présente, d'après lui, tous les avantages de la simplicité, de l'économie dans sa confection, de la régularité dans son jeu et de la perfection dans ses résultats".

Couso-brodeur

Le 17 octobre 1847, un nouveau brevet est délivré au nom de Barthélemy Thimonnier et Jean-Marie Magnin, avocat, non plus pour un métier à coudre mais pour un "couso-brodeur". Cette dernière invention destinée à coudre, broder et faire des cordons au point de chaînette peut piquer 300 points par minute. Le brevet prévoit même la possibilité de mettre plusieurs aiguilles sur une même machine préfigurant ainsi les machines modernes. Il prévoit aussi que pour obtenir une belle couture il faut que la grosseur de l'aiguille soit en rapport avec l'épaisseur du tissu ! Le couso-brodeur, comme son nom l'indique, "peut, d'après le brevet, s'appliquer à toute espèce de broderie au point de chaînette sur mousselines, linges, velours, satins, draps et cuirs, notamment les gants". Il peut aussi exécuter un ou plusieurs cordons (passementerie et bordure de vêtements).

Comme la couseuse de 1830, le couso-brodeur n'a pas de griffe d'entraînement du tissu que l'on doit déplacer en tirant de droite à gauche. Cette dernière création donne de si bons résultats que Thimonnier et Magnin achète la patente anglaise en février 1848. En janvier 1849, le tailleur d'Amplepuis s'embarque pour l'Angleterre afin d'y organiser la fabrication de ses machines à Manchester où il connaît enfin le succès.

Mais l'avocat Magnin ne tient pas ses promesses de versement de 60 francs à la femme de Thimonnier qui rentre en France où il reprend ses affaires et continue d'améliorer son métier à coudre et à le vendre. Il peut même augmenter ses prix grâce à la concurrence qui vent ses machines 600 F.

Magnin présente la machine de Thimonnier à l'Exposition Universelle de Paris de 1855 où elle remporte la médaille de première classe. Cette même année, Thimonnier écrit à son fils une phrase qui révèle le combat d'une vie : "mon plus grand ennui était d'être découragé par le caquet des gens du village".

Thimonnier construit un autre métier avec lequel, écrit-il à son fils "on peut coudre lâche et serré à volonté, à grand point et à petit point, il coud avec le fil, la soie, le coton, toutes les étoffes sans distinction même le cuir, avec tous les numéros d'aiguille, tendre à faire fonctionner, beaucoup plus facile que le point de chaînette". Il décrit ainsi le travail de sa machine : "L'aiguille s'enfonce dans l'étoffe, traverse une plaque avec son fil, une petite navette passe dans le fil que l'aiguille lui présente, l'aiguille remonte, entraîne le fil de la navette jusqu'au milieu de l'étoffe, ce qui forme un point arrière des deux cotés comme fait le point du cordonnier, le point est de la plus grande solidité et indécousable, et de l'aspect le plus propre". Étonnant !

Mais notre inventeur infatigable n'est pas satisfait de sa dernière trouvaille qu'il critique abondamment et préfère le point de chaînette au point de navette. Mais il veut améliorer celui-ci pour qu'il ne se défasse plus.

Thimonnier tombe malade et le manque d'argent le force à reprendre son état de tailleur à 63 ans. Cela ne l'empèche pas de continuer à chercher un moyen de remédier en vain au problème du point de chaînette : il est "défilable" et il faut donc l'arrêter à la cire comme il l'indiquait déjà dans son brevet de 1830. Il ne se doutait pas que ce qu'il percevait comme un défaut allait être une qualité indispensable pour certains travaux. C'est le cas des machines utilisées pour la fermeture des sac en papier ou pour tous les travaux qui nécessite un assemblage provisoire et que l'on utilise beaucoup en cette fin de 20è siècle.

A 64 ans, et après près de trente année de travail, Barthélemy Thimonnier décéda au matin du 5 juillet 1857.

Le Tailleur d'Amplepuis

L'Imagerie d'Epinal illustra la vie de Thimonnier pour ne parler que du "Tailleur d'Amplepuis". Plus tard en 1955 l'Administration des Postes édita un timbre (ci-contre) à l'effigie de celui que l'Imagerie d'Epinal nomma le "Tailleur d'Amplepuis". Et en 1957, pour le centenaire de sa mort, une plaque commémorative fut inaugurée à l'endroit même où il vécu. Notons au passage que cette dernière comporte une faute dans l'orthographe de son nom : un seul N au lieu de deux, et que le timbre, en indiquant 1859 comme la date de son décès, le gratifie de deux années de vie dont il ne bénéficia pas.

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